Article publié à quelques jours du lancement de la chaîne IDF1. Dorothée y a été animatrice entre 2008 et 2010, en compagnie des anciens du Club Dorothée : Jacky, Ariane et Patrick.

Sa vie a basculé à deux reprises : en 1997, quand TF1 l’a virée, et en 2008, année de son retour en grâce. Portrait d’une battante à qui la vie a joué bien des tours.

En ce moment, elle est heureuse. Ça n’a pas toujours été le cas. Dorothée a connu des moments de doute et des angoisses profondes. Mais elle a su surmonter l’adversité avec panache. « Elle a la rage de vivre ! » Jacky, son complice depuis vingt ans, pourrait parler de ce petit bout de femme, qu’il surnomme affectueusement « la cheftaine », pendant des heures. Les souvenirs s’entrechoquent, alors, place à l’actualité du moment : son retour à l’antenne, le 20 mars prochaine, sur une chaîne de la TNT Ile-de-France. Entourée de sa fidèle bande du Club Do (Jacky, Ariane et Patrick Simpson-Jones), Dorothée animera une émission quotidienne, un télé-crochet des animateurs. Le concept ? Des candidats sont en lice pour devenir les talents de demain : au public de les départager, à la bande de Dorothée de leur donner les clés.

La double-page de Télé Loisirs. (Article en trois pages.)

« Un come-back en catimini sur une chaîne confidentielle », argueront ses détracteurs. « Ce n’est qu’un début », parie Jacky. De plus, Dorothée a retrouvé la niaque, même si elle avoue, dans un entretien en tête à tête au bar d’un hôtel parisien, être stressée. « J’ai tellement peur de décevoir le public qui m’a soutenue pendant ces dix ans d’absence… »

Une éclipse cathodique d’une décennie après une carrière au top. Il y a dix ans, elle remplissait Bercy (elle détient encore le record d’entrées dans cette salle) et ses émissions pour enfants ont marqué à jamais l’histoire du petit écran. Seulement voilà : en 1997, TF1 lui indique la porte de la sortie. Sans ménagement. Massacrée par les Guignols, accusée de diffuser des mangas violents, victime de rumeurs sur son inaptitude à aimer les enfants, elle qui n’en a pas, ce qu’elle regrette à présent, se voit contrainte de déposer les armes du jour au lendemain.

Club Dorothée. C’est l’âge d’or pour « Do » et sa bande : Corbier, Jacky, Ariane et Patrick Simpson-Jones.

« Elle a la rage de vivre ! » (Jacky)

« J’ai vraiment pris un grand coup sur la tête, même si je m’étais préparée à cette éventualité. Heureusement, ma famille, mes amis, mon frère m’ont été d’un grand soutien pendant cette période difficile », nous avoue-t-elle, de sa timide voix. Les mains sagement posées sur ses jambes, elle accepte de revenir sur ces années de douleur. Avec beaucoup de pudeur. En effet, Dorothée n’est pas femme à s’épancher sur les aléas de la vie. Malgré sa fragilité apparente et sa réserve naturelle, elle assure avoir encaissé les coups sans trop fléchir. « Je suis du signe du Cancer : les pieds sur terre et la tête dans les nuages ! Et puis, ma mère m’a inculqué les valeurs de la vie. C’est ancré en moi. »

Bercy. A ce jour, elle détient le record d’entrées dans cette salle parisienne.

Pour Jean-Luc Azoulay, son ami depuis 1978 et producteur de ses émissions, la réalité est tout de même moins rose bonbon qu’elle ne l’admet. « Dorothée est une femme bien élevée et excessivement réservée, mais je sais qu’elle a beaucoup souffert d’avoir été mise au placard. Pendant ces dix années d’absence, personne ne voulait d’elle. A chaque fois que je proposais des projets aux chaînes, on me rétorquais la même chose : Pas Dorothée, elle est trop ringarde ! Lorsque Gérard Klein a quitté L’Instit, j’ai proposé son nom. Perrine Fontaine, la directrice de la fiction de l’époque, en a fait une affaire personnelle. Elle m’a dit : Ce sera elle ou moi ! » Violent. Injuste.

N’importe qui se serait effondré. Pas Dorothée. Elle a résisté. Entourée de ses fidèles dans sa maison de Normandie. Comme elle a résisté aux remarques perfides des gens du métier qui se réjouissaient de traversée du désert. Toutes ces épreuves auraient pu briser la femme ou l’aigrir et l’abîmer. Tout faux. « Quelles que soient les difficultés de la vie, j’ai quand même pas mal de chance. Je n’allais pas râler en plus. Et puis, j’ai beaucoup regardé la télé, j’ai rattrapé le temps perdu auprès des miens et je me suis occupée d’une petite troupe de jeunes : ça m’a rajeunir, boostée et empêchée de m’encroûter », sourit Dorothée, qui arbore à l’aube de ses 55 printemps une toute nouvelle coupe de cheveux. « Que voulez-vous, j’assume mon âge. Le temps passe, mais je reste la même, et puis, je n’allais tout de même pas présenter cette émission avec une frange et une queue de cheval, comme à l’époque. »

Nouvelle vie, nouveau look. Jean-Luc Aeoulay, propriétaire d’IDF1 et artisan de son retour, se réjouit de cette mise sur orbite. Tout comme Michel Drucker, un fidèle, à qui elle doit également cette renaissance. Une apparition dans son émission dominicale en décembre 2005 à l’occasion d’une spéciale Chantal Goya et une autre qui lui a été entièrement consacrée, et diffusée il y a peu, ont créé l’événement et suscité l’envie. « Dorothée s’est investie à 120% en oubliant sa vie à elle. Elle est unique dans l’histoire de ce métier. J’étais heureux de pouvoir la remettre en selle, souligne Michel Drucker. Elle avait perdu confiance en elle. Elle avait peur du regard des téléspectateurs, peur de ne plus y arriver.

Selon une étude récente, 75% des français regrettent de ne plus la voir. Des dizaines de sites lui sont consacrés sur la Toile et les « adulescents » ne cessent de lui témoigner leur amour. Autant dire que 2008 sera l’année de son retour en grâce. Le mot « fin », un terme qu’elle a banni de son vocabulaire, n’est pas près de s’inscrire au générique de sa carrière riche en rebondissements.

IDF1 : du lundi au vendredi à 17h et samedi à 20h50.
Dernière minute : les patrons d’IDF1 (canal 22) travaillent activement pour que la chaîne soit diffusée sur l’ADSL et sur le Câble afin que toute la France puisse la voir. La chaîne est aussi sur Numéricable Ile-de-France (canal 17).

Un article de Gaëlle Placek